Impasse dans le « Nufenenpass »

Lundi 6 juillet – Ulrichen – Giornico – 61 km – 2h55
Déception au réveil de ce lundi, la vallée est encombrée de nuages comme peut l’être la montagne lorsque le mauvais temps s’installe. La route de Nufenenpass est fermée par un mur de nuages. Le moral est aussi bas que les nuages mais il nous faut passer cette barrière. Aujourd’hui, dame Montagne n’a pas l’air de se faire accueillante, et nous ne la brusquerons pas.
J’essaye de convaincre Edouard qu’on peut atteindre le passage en marchant puisque les raidillons qui font sa réputation sont affaire d’amateurs confirmés, mais je comprends bien en même temps que ce ne sera pas facile, d’autant plus que la pluie vient encore ternir le paysage et le moral. Nous sommes dans l’impasse, au pied du Nufenenpass.
Notre salut vient alors d’un artisan à qui Edouard explique la situation. Quelques minutes plus tard, nous sommes tous dans une camionnette, les vélos solidement attachés, et c’est la montée vers le col. C’est un silence étrange dans la cabine. Edouard ne parle pas, je suis muet, le chauffeur qui comprend la situation n’est pas plus loquace.
Hormis le fait que ce périple restera amputé de 13 km et d’un col célèbre dans la région, il fallait cette solution pour ne pas compromettre la suite de ce chemin vers Rome. Nous nous sommes consolés par le fait que toute la montée tant redoutée, s’est effectuée dans un brouillard à couper au couteau et toujours sous la pluie. Au sommet du col, c’était l’hiver : brouillard, neige et un froid intense.
Juste le temps de se couvrir de toutes les couches de vêtements possibles, d’une paire de chaussettes aux mains et c’est le début d’une descente très lente et très prudente (les freins ne répondant pas de la même façon) dans cette superbe vallée du Tessin dont la température monte au fur et à mesure des kilomètres descendus. Les regrets de ce matin sont définitivement balayés avec les nuages de la vallée et c’est le soleil qui nous accueille dans cette troisième Suisse, la Suisse de langue italienne, après celle de langue française et celle qu’on laisse juste derrière nous, la Suisse de langue allemande. La quatrième, la Suisse Romanche, n’est pas à notre programme.
La suite n’est qu’une descente de près de 50 km, en traversant de très pittoresques villages à l’italienne, pierres sombres, des carrés de verdure viticole où la grappe pousse en "toit" et, lorsqu’on pénètre au cœur même de Giornico, fin de notre étape, nous savons que nous sommes toujours chez les Helvètes mais nous entendons que tout chante l’Italie, tout respire l’Italie. Chacun se sent italien mais tous se trouvent bien dans la confédération helvétique. On devine bien pourquoi.
Il n’y a pas que le soleil du sud de la Suisse qui nous ait ouvert sa porte, il y a eu aussi et surtout Rosetta entourée de ses enfants, dont Victoria et Roberto qui nous ont ouvert le gîte, servi le repas mais, plus important encore, offert chaleur et générosité.
Cette famille à l’italienne à la fois pleine de vie et de nonchalance nous laisse déjà des regrets de repartir vers une des dernières contrées à traverser dans ce si beau pays qu’est la Suisse.

Une pensée très affectueuse à toi Bibi, à toi Patrick qui ne manqueras, je l'espère bien, me donner ton avis de scientifique de la photo lors de mon retour.