Tout le long des Apennins

Dimanche 12 juillet – de Parme à Modène – 57,7 km – 3h31
Nous avons du mal à décoller du gîte où nous venons de passer quelques moments de repos de plus en plus nécessaires. Les gestes sont lents pour passer du désordre de la chambre au rangement méthodique sur nos bicyclettes. Bien choisir les objets pour les répartir équitablement selon le poids, charger le plus possible les sacoches arrières et ne pas déséquilibrer la roue avant, c’est important, et prévoir le chargement en cours de route des aliments de la journée et surtout le chargement en eau de plus en plus nécessaire au fur et à mesure que l’on descend vers le sud. Nous buvons de 4 à 6 litres d’eau ou de boisson sucrée par jour. Selon le dicton « boire avant d’avoir soif » est bien vrai mais nous n’avons toujours pas acquis ce réflexe de s’abreuver de façon régulière. Il nous est même arrivé de se retrouver déshydratés et de ne plus ressentir aucune force, aucune énergie à puiser pour appuyer sur les pédales de notre Véhicule à Energie Musculaire.
C’est peut-être bien ce qui m’arrive ce matin, dès la sortie de Parme, après une nuit chaude, où j’ai énormément de difficultés à avancer : plus de « jus », panne d’énergie, j’avance à 15 km/h sur le plat le plus absolu, tout le long de la mini-chaîne montagneuse des Apennins, que nous devons passer coûte que coûte. Les Alpes se sont dressés devant nous et nous sommes là aujourd’hui, mais ça n’est pas pour autant cet autre obstacle qui nous empêchera d’aller jusqu’au bout, avec tout le respect que j’ai pour ces éléments naturels. Ce que nous dépenserons en énergie, nous l’échangerons en paysages certainement grandioses avec une végétation et une faune inconnues pour nous. Ce que le nom nous rappelle de nos leçons de géographie, cette traversée des Apennins va mettre des images sur des mots quelques années oubliés. Allons voir ça de plus près, même pas peur !
En attendant, nous avons très peu de choses à nous mettre sous les roues ce matin hormis cet artiste italien qui a eu la très belle idée d’habiller les troncs des arbres d’un bel ensemble restaurant-boîte de nuit. Ca fait son effet qui m’attire aussitôt et, pendant qu’Edouard lie conversation avec un passant français originaire de Brunoy dans l’Essonne, immigré dans cette belle Italie, j’immortalise ce décor dans la boîte à images numériques.
Aujourd’hui dimanche, les italiens sortent le matin, désertent complètement les rues de 14h à 17h (nous avons traversé une grande ville fantôme et il y régnait une atmosphère très étrange) et réapparaissent en fin d’après midi pour commencer une autre partie de la journée, peut-être la plus longue. Et toujours ces encouragements à leur manière, chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Nous prenons conscience de plus en plus que ce que nous sommes en train de réaliser n’est pas banal, et que ces signes d’encouragements sont peut-être synonyme d’envies, non assouvies ou non, de la part de leur auteur. Allez savoir ! En tout cas, ils nous vont droit au cœur.
Après les difficiles kilomètres de la matinée, un repas préparé par Edouard avec le réchaud et des nouilles sauce bolognaise obligatoire, et ce en pleine ville à l’ombre des arbres et sous le chant des cigales, après une sieste où nous avons sombré dans un sommeil d’une heure, eh oui, nous sommes repartis presque tout neuf vers Modène, où nous passerons les deux nuits qui arrivent dans une « ostello della juventu », centre d’hébergement qui accueille comme son nom l’indique la jeunesse qui passe par monts et par vaux. J’y cours fièrement !
C’est en effet là que nous passerons les deux prochaines nuits pour se recharger en énergie et avant de vaincre la dernière partie de notre voyage.