Journée plate mais importante décision

Vendredi 10 juillet – Bergamo-Mezzano passone di Sopra – 88,5 km – 5h35
Mon réveil ne change pas des autres jours, vers 6h, ce qui me permet de faire le récit de la veille, en toute tranquillité. Ce matin, il me faut mettre en ligne deux textes qui ne sont toujours pas écrits. Pas toujours facile de conjuguer à la fois la journée sur le vélo, l’intendance d’un pareil périple et les moments propices à écouter de la musique, à lire et à écrire, même si ces délices journaliers sont répartis entre les deux candidats pour Rome. Pas de temps à perdre avant le réveil de toute la société de l’auberge qui va envahir la salle à manger dans moins de deux heures.
Petit déjeuner vers 8h dans cette auberge de jeunesse sur les hauteurs de Bergamo où nous préparons, Edouard et moi, le profil de la journée qui s’annonce calme au vue de la carte. Martin le Zurichois n’attend pas le petit déjeuner trop tardif à son goût et enfourche son vélo vers 7h. Son périple ne dure qu’une semaine et ses étapes sont impérativement cadencées.
Avant la décision de prendre tel ou tel itinéraire, comme nous le faisons chaque jour, ce matin, quelque chose d’important s’impose pour nous deux et nos avis vont se rencontrer, avant même de se concerter, pour aboutir à la même décision : nous changeons notre itinéraire à partir de Bergame, à partir de ce jour, c'est-à-dire que nous ne ferons pas le détour par Véronne, Padoue et Venise à cause des 350 km supplémentaires et du temps qui nous manquera peut-être avant notre arrivée impérative à Rome vers le 26 juillet. D’un commun accord, nous prenons cette décision, Edouard ayant toute la vie pour emmener sa dulcinée vers les gondoles de Venise ou sur le célèbre balcon de Véronne. Romantisme oblige !
Cette importante décision ne nous laisse aucun regret de toute la journée comme si elle était évidente aux yeux de chacun et qu’il n’y avait pas d’autre alternative.
Difficile de sortir de la ville de Bergame qui s’éveille peu à peu sans se soucier le moins du monde de deux cyclistes bien décidés à poursuivre leur itinéraire vers la capitale italienne. Le cap restant inchangé, la route elle, sera plus aisée dans la mesure où la direction de Piacenza emprunte un itinéraire plus tranquille à travers les cultures de maïs irriguées de façon permanente par un système de canaux en toile d’araignée. Culture riche donc dans cette province d’Italie du nord et très peu de bétail en vue dans les rares pâturages.
La traversée de Créma rompt la monotonie de la journée avec une basilique du 15e siècle qui s’impose à tous. Le relief nous laisse un répit salvateur aujourd’hui et cette journée serait à inscrire comme étant la plus plate depuis le départ de ce périple.
Fatigués tout de même des 88 km parcourus, nous avons hâte, Edouard et moi de trouver un endroit où planter notre toit. Qui n’ose rien n’a rien, et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvés sur un vaste terrain en bordure d’un fleuve grandiose, qui baigne une bonne partie de l’Italie du nord et qui n’est autre que le Po. Son propriétaire nous invite alors à utiliser toutes les aisances nécessaires aux campeurs, même spartiates, et le tuyau d’arrosage en guise de douche.
Un repas de campeur bien apprécié avec nos pâtes et l’assiette de charcuterie du propriétaire, son vin blanc pétillant et frais à souhait et la nuit sera forcément délicieuse avant de prendre la route vers Parme. Mais demain est un autre jour.